vendredi 11 juillet 2008

Adopter un enfant grand ?

Voici un article intéressant que nous avons trouvé sur le site du journal La Croix. Il traite d'un sujet qui est assez peu évoqué : l'adoption d'un enfant grand. Tout au long de notre parcours de futurs parents adoptants, l'enfant (un tant soit peu) grand n'est jamais mis en avant. Qu'il s'agisse des professionnels (assistantes sociales ou psychologues) ou des amis et de la famille, tout le monde considère (nous inclus?) comme une évidence que "the younger, the better". A l'heure où le gouvernement annonce ici et là vouloir relancer l'adoption nationale, ce point de de l'âge des enfants à adopter (si des mesures concrètes venaient à êre prises) devra être considéré autrement. L'article date de 2003, mais la problématique n'a pas changé. Il est signé Christine Legrand. Si vous préférez lire l'article en ligne, cliquez ici
Patricia et Denis avaient déjà trois enfants, quand ils ont voulu en adopter un quatrme. Comme ils avaient "passé l'âge des couches", ils ont décidé d'adopter en France un enfant "grand". Jérémie avait 10 ans. Il avait passé son enfance en famille d'accueil, mais il n'était devenu adoptable qu'après le décès de sa mère, deux ans plus tôt.
"Avec moi, ça s'est passé assez facilement, explique Denis : il n'avait pas connu son père, j'étais un peu le père idéal. Mais avec ma femme, cela a été plus dur : il avait d'autres images de mères et il fallait qu'une nouvelle mère trouve sa place. Il était avec elle dans un perpétuel yoyo relationnel (je m'approche, je m'écarte). Jérémie avait d'ailleurs fait l'objet d'un premier projet d'adoption, qui s'était soldé par un échec : il avait été remis aux services sociaux au bout de six mois. "Tu choisis entre lui et moi" avait dit à son époux sa future mère adoptive. "Il faut être très clair et très solide dans son couple, reconnaît Denis, car l'enfant peut créer des tensions entre nous. Mais le pauvre gamin, il n'y est pour rien ! Pour Jérémie non plus, ce n'est pas évident : habitué à vivre en famille d'accueil, de façon toujours "provisoire ", il a du mal à s'habituer à l'idée qu'il est chez lui. Au début, il gardait ses albums photos dans sa chambre ; il les met progressivement avec les nôtres. Mais il ne veut toujours pas voir sa nouvelle carte d'identité.
Il n'est pas facile pour un "grand" enfant d'adopter de nouveaux parents. Comme il n'est pas facile non plus de devenir du jour au lendemain parents d'un enfant de 10 ans. Un enfant qui débarque avec un passé, une histoire souvent douloureuse, sur laquelle on n'a pas de prise... Ce n'est pas la page blanche - ou qu'on imagine telle, car un enfant de 3 mois lui aussi a déjà une histoire - sur laquelle on va pouvoir écrire. Cela demande davantage de souplesse et d'acceptation de l'autre que l'adoption d'un nouveau-né.

C'est pour ces raisons, qu'on a longtemps hésité en France à se lancer dans l'aventure. "Dans la pratique, on pensait que ce n'était pas possible, en tout cas pas au-delà de 6 ans", rappelle Claire Gore, psychologue au service d'aide sociale à l'enfance du Val-de-Marne et auteur d'un livre sur l'adoption tardive. Or, assure-t-elle, des études - notamment anglo-saxonnes - ont montré qu'il n'y avait pas plus d'échecs que dans les adoptions précoces. Et il n'est pas plus "risqué" d'adopter un enfant de 5 ans ou 10 ans qu'un enfant de 3 mois.

"Adopter un enfant grand, ajoute-t-elle, présente même des avantages : on peut s'assurer de sa participation, travailler sur ses représentations de l'adoption, ses craintes et ses illusions (certains rêvent d'une grande maison avec piscine ou d'une "belle bagnole") ; et ses résistances sont plus facilement repérables, à condition que ses capacités d'attachement ne soient pas trop endommagées. "Mais "l'apparentement" n'est pas facile et nécessite un travail de préparation et d'accompagnement, tant du côté des parents que du côté de l'enfant.


C'est ce travail souvent long et délicat qu'opère Cornelia Burckhardt, responsable de l'Orca (Organisation régionale de concertation sur l'adoption). "On cherche de préférence des familles qui ont déjà eu des enfants, qui connaissent les étapes de leur développement et se sentent prêts pour ce type d'adoption. On prépare aussi l'enfant, en l'aidant à reconstituer le puzzle de son histoire. Un passé souvent lourd de deuils mal vécus ou de maltraitances. "Il faut qu'il se réapproprie son histoire pour que puisse émerger le désir d'une autre famille", dit-elle. La mise en relation ne se fait que lorsque chacun est "prêt". Il faudra ensuite les accompagner dans ce long cheminement qu'ils devront faire ensemble pour s'adopter mutuellement.

Mais cet accompagnement, qui n'en est aujourd'hui qu'à ses balbutiements dans les services sociaux français, n'existe quasiment pas quand l'enfant vient de l'étranger. Or, on adopte aujourd'hui de plus en plus d'enfants de 3 ans, 5 ans, 8 ans, dans les aléas de l'urgence de l'adoption internationale. Des enfants qui s'agrippent à vous dans des orphelinats ou qu'on vous confie dans le hall d'un aéroport, où ils débarquent avec des histoires souvent lourdes dont on ne connaît que quelques bribes. Des enfants déracinés, qui ont perdu non seulement leur père et leur mère mais "tous les éléments constitutifs de leur identité" comme le souligne le psychanalyste Nazir Hamad : ce n'est plus la même langue, la même nourriture, la même couleur de peau - un enfant noir n'a pas la même image d'un parent blanc. "Et on nous plante là avec notre gamin qu'on a envie d'aimer", dit une maman.

Ces adoptions sont parfois "réussies", mais parfois aussi "ratées". Et on commence à oser parler des difficultés et des échecs. Pour preuve, ces témoignages qui affluent à l'association Pétales, créée il y a un an seulement en France, pour aider les parents dont les enfants présentent des "troubles de l'attachement", des comportements violents qui engendrent souvent des drames, certains parents adoptifs étant contraints de demander aux services sociaux le "placement" de leur enfant. Ou ce livre témoignage écrit par Maguy Domergue, maman de cinq enfants, dont le dernier, adopté au Brésil à l'âge de 4 ans, a commencé à l'adolescence à commettre des actes de délinquance, et qui tire lucidement le bilan de cet échec.

Hana Rothman, pédopsychiatre et psychanalyste, a créé l'association Enter, l'Arbre vert pour accompagner ces parents ; elle témoigne également de ces traces laissées sur le psychisme de nombreux enfants. "Il n'y a pas deux histoires pareilles, précise-t-elle. Mais ce qui me frappe, c'est la difficulté qu'ont ces enfants à intégrer une loi. Comme ils n'ont pas connu d'adultes préoccupés par leur sécurité, ils sont devenus leur propre chef. On constate aussi chez ces enfants, ajoute-t-elle, un désintérêt pour l'apprentissage, qui ne leur procure aucun plaisir et ils vont parfois saboter leur travail, ce qui arrive chez des enfants non adoptés, mais rarement avec un tel degré d'intensité. Certains enfants arrivent avec de telles carences qu'il est difficile de les réparer.

Est-ce à dire qu'il faut renoncer à adopter ces enfants ? "Non, affirme-t-elle. Car il existe aussi des adoptions qui sauvent la vie des enfants. Il faut que les parents comprennent la nécessité d'un accompagnement rapide, sans craindre qu'un tiers fasse irruption dans leur "histoire d'amour". "Ou, comme le dit Maguy Domergue : ceux qui ont vraiment ce projet, qu'ils y aillent, mais les yeux ouverts".

2 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est vrai qu'il y a beaucoup d'appriori sur l'adoption d'un enfant grand ; nous sommes devenus amis avec un couple qui a adopté un enfant de 10 ans en Colombie et comme elle dit : "c'est du bonheur en barre !!!!"
Bises

Anonyme a dit…

L'adoption, quelqu'elle soit, n'est jamais forcément simple; les "à-priori" sur les enfants grands sont inévitablement liés à leur expérience de vie, à leur faculté de pouvoir accorder ou non leur confiance à leur parents adoptifs ... qui se doivent d'être solides et très lucides! Mais bébé ou moins bébé, c'est une très puissante histoire d'amour!
bises
v