L'une des spécificités françaises en matière d'adoption est l'"interdiction" faite aux couples adoptants en attente d'une adoption d'avoir un enfant biologique pendant cette attente. Cette interdiction assez stricte ne concerne pas tous les pays et ailleurs, il est plus fréquent de considérer qu'un projet d'adoption a simplement vocation à être mis de côté le temps de la grossesse et de la naissance de l'enfant biologique. En France, il est considéré qu'en cas de grossesse, il faut "repasser" son agrément auprès de son Conseil Général, car la "cellule familiale" qui a obtenu son agrément la première fois a changé et il faut donc que la "nouvelle cellule familiale" repasse ou, tout du moins, mette à jour son agrément. Jusque là, passe encore. Mais quand on se tourne vers les O.A.A., le discours se "radicalise" et on vous fait plus clairement comprendre que la procédure est "annulée" et qu'il faut donc tout recommencer (sachant que je ne suis pas convaincue qu'ils vous acceptent la deuxième fois). Ceci ne me choquait pas spécialement au début de notre procédure, d'une part parce qu'on se sentait peu concernés par la possibilité d'une grossesse "surprise", d'autre part parce que je comprenais et comprend toujours qu'un enfant biologique qui arrive dans une famille et prend donc, de fait, le statut d'enfant unique (et d'aîné) ne doit pas au bout de 6 mois voir débarquer un grand frère ou une grande sœur qui va lui ravir sa place d'aîné. Mais au fil du temps et avec l'allongement des délais, je m'interroge de plus en plus sur ces "règles". Elles me paraissent moins pertinentes. Moins justes. Je me demande si cette règle ne provient pas également d'une idée reçue qui voudrait que l'adoption soit considérée comme l'ultime recours pour ceux qui ne peuvent avoir d'enfants biologiques. Rien d'autre. Du coup, elle deviendrait inutile en cas de grossesse, puisque le but véritable/premier serait atteint et que les parents n'auraient donc certainement plus "envie" d'adopter. Ce qui revient à avoir une bien piètre et fausse opinion des motivations des adoptants.Ce mode de penser "à la française" me paraît tristement erroné. Je pense que nous aurions parfaitement pu avoir un enfant biologique pendant cette longue attente et continuer d'attendre Alix avec la même impatience, le même amour et la même envie d'elle. Qui peut considérer qu'en cas de grossesse, nous ne voudrions plus de celle que nous considérons depuis longtemps déjà comme notre fille. Bien sûr, nous connaissons les "règles" et nous ne jouerons pas avec le "feu" (si tant est que feu il puisse y avoir). Mais les règles sont idiotes. Et c'est l'ensemble de ces petits règlements, comme l'incompatibilité entre grossesse et adoption, érigés au nom de "l'intérêt supérieur de l'enfant" qui font que le nombre d'adoptions en France régresse lamentablement. C'est bien dommage, et ce sont parents et enfants qui en font les frais.


1 commentaire:
Je partage ce point de vue, d'autant plus que l'attente qui se prolonge et l'exclusivité exigée par la Chine au début de nos démarches nous ont inexorablement poussé à nous projeter avec une petite fille chinoise... Je partage ce point de vue, car a-t-on jamais dit à une maman qui viendrait accoucher de jumeaux, "choisissez en un sur les 2 car à l'écho nous 'en avons vu qu'un?"... Les démarches imposées de part et dautre (ASE, OAA, CCAA) impliquent de "justifier" notre vie future avec l'enfant, comment ne pas imaginer les vacances, l'entrée à l'école, les câlins de notre petite brunette? Comment ne pas imaginer le déchirement si cette projection avait été vaine et que nos puces n'arrivent pas?... Je me suis posée cette question, souvent, et sans exagérer, il faudrait faire le deuil de cette grossesse de coeur, même avec la survenue d'un bébé bio, la place dans le coeur n'est pas la même, comment combler ce vide?....
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