vendredi 14 décembre 2007

Avant 1950, les adoptants étaient célibataires

Dans notre parcours d'adoption, je pense très (très) souvent à ma grand-mère, Madeleine. Elle a été abandonnée à la naissance (en 1922) et a été placée en orphelinat. D'après ce qu'on m'a dit, elle a été "adoptée" à l'âge de 13 ans par la personne que j'ai toujours considérée, enfant, comme mon arrière grand-mère. Mais il s'agissait en fait d'un placement en famille d'accueil. Cela n'enlève rien au mérite de mon arrière grand-mère qui était veuve de guerre (à 24 ans, pendant la première guerre mondiale, avec deux enfants en bas âge) et qui lui a apporté de l'amour et un foyer. Mais on peut déplorer que ce soit intervenu tardivement. Son histoire personnelle recoupe les informations issues de différentes études réalisées par l'INED (Institut National d'Etudes Demographiques). L'adoption "contemporaine" date de 1923 (avant, seuls les hommes pouvaient adopter et on ne pouvait adopter que des adultes !). Avant 1950, 82% des femmes qui adoptaient et 73% des hommes étaient célibataires. Beaucoup de veuves ont adopté des enfants après la guerre. La part des célibataires s'est réduit au fil des ans, pas tant parce que les célibataires ont moins adopté mais parce que les couples ont peu à peu été de plus en plus nombreux à adopter. A partir des années 70, l'adoption internationale s'est développée et entre 1950 et 1980, le nombre de couples adoptant des enfants a doublé tous les dix ans. Cette tendance se poursuit mais cela risque de ne pas durer, au vu de la situation internationale en matière d'adoption. Autre fait important : de moins en moins de familles adoptent des enfants du fait de difficulté à enfanter "naturellement". Pour un nombre croissant de familles, c'est une volonté "altruiste" dirons nous, même si je n'aime pas beaucoup ce terme : 43% des familles ayant au moins un enfant adopté comprennent aussi au moins un enfant biologique. Autre fait marquant : les familles adoptives sont moins "typiques" que les autres : prédominent des modèles d'enfant unique (36% des familles) ou d'au moins 4 enfants (23%). Enfin, les adoptants sont plus urbains et socialement plutôt aisés (3 fois plus de cadres que d'ouvriers).
Ma grand-mère ne sait pas que nous allons adopter. Elle a la maladie d'Alzheimer et je ne veux pas lui dire trop tôt pour ne pas remuer en elle peut-être de mauvais souvenirs, sachant qu'elle risque d'oublier entre deux visites... Nous lui dirons quand nous lui présenterons notre fille. Il était peut-être plus "simple" d'adopter un enfant en 1930, mais il est certainement plus facile d'être adopté en 2000. Et c'est une chance pour les enfants, mais aussi pour leurs parents.

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