vendredi 21 novembre 2008

Il est interdit d'interdire

"D'où venons-nous ? Retours sur l'origine" fut le sujet d’un « chat » organisé dernièrement par le journal "Le Monde". Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste, auteur de « Famille à tout prix » a répondu aux questions posées par les internautes sur les origines des enfants adoptés ou nés par insémination artificielle, ce qu'il faut dire, ne pas dire... Une discussion fort intéressante. Extraits choisis.

VincentB : Aujourd'hui, existe-t-il des bonnes raisons de cacher le secret des origines à un enfant ? Y-a-t-il des professionnels qui soutiennent encore cette pratique ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Oui, je pense qu'il y a des professionnels qui soutiennent cette pratique. Peut-être d'ailleurs à juste titre, dans la mesure où l'origine de l'histoire de chacun est totalement différente. Notre "chat" concerne les enfants qui ne sont pas, à l'évidence, les enfants charnels de leurs parents. Et si l'on parle d'origine en termes générique, c'est trop vague. Vous comme moi avons peut-être des mystères dans nos origines. Ces secrets ne sont pas des secrets de filiation, mais de famille, ce qui est différent. Et je pense qu'on peut soutenir valablement qu'on ne va pas ouvrir tous les secrets de famille dont nos placards sont pleins. Pour en revenir à votre question, je pense que oui : dans certains cas, on peut soutenir qu'on peut garder le secret.

Christine : Ma fille est née à la suite d'une insémination artificielle par donneur anonyme. Elle a 3 ans aujourd'hui. Quand et comment lui dire ses origines ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Merci de votre question, très franche et très nouvelle. Je crois que les enfants de 3 ans sont très intelligents. Dites-lui qu'il y a quelqu'un qui a mis une petite graine pour qu'elle vienne au monde. Il se trouve que dans son histoire à elle, elle ne saura jamais qui. C'est quelqu'un qui a des enfants dans sa propre famille. Si vous êtes en couple hétérosexuel, je pense qu'il vaudrait mieux que ce soit le père qui le dise.

HaroldFromHarvard : Qu'en est-il des enfants nés par fécondation in vitro ? Pensez-vous qu'il soit important de le leur dire, ou bien est-ce superflu ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Les enfants nés par FIV, s'il n'y a pas de donneurs de gamètes, sont des enfants conçus comme les autres, avec une petite parenthèse technique. Moi, je suis ce genre de famille depuis vingt ans, et la FIV finalement s'oublie assez vite. Quand il y a des dons de gamètes, en revanche, en FIV, soit un don de sperme, soit un don d'ovocytes, là c'est un peu différent. C'est une question d'histoire. Ces enfants ont une histoire un peu différente des autres. Une histoire différente dans la mesure où on les a créés volontairement au terme d'un protocole médical très sophistiqué. Donc les enfants FIV, ça ne veut rien dire en soi.

Nathalie : J'ai deux enfants : une fille aînée adoptée et un fils né par donneur anonyme. Dans les deux cas, nous leur avons expliqué notre histoire, pourquoi les choses se sont passées ainsi. Tous les deux sont conscients de leur histoire et n'ont jamais remis en question leur filiation avec nous. Les problèmes ne se posent-ils pas dès lors que l'enfant est maintenu dans un non-dit ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Il y a deux remarques dans ce témoignage : la première, c'est sur la filiation. Il est sûr que dans aucun cas la filiation n'est remise en question. Notre droit est tout à fait clair : la filiation est toujours sociale. Donc un enfant adopté ou né par IAD (insémination artificielle avec don de sperme) est un enfant légitime de ses parents. Le deuxième point, c'est la question du non-dit. En effet, à mon sens, le non-dit gangrène les choses. Vous dites que vous l'avez dit à vos enfants, et c'est très bien.

Mélanie : Est-ce qu'un enfant peut sentir qu'on lui cache un secret ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Oui, je suis absolument formelle en tant que psychanalyste. Les enfants sentent les choses. On dit que le secret suinte : ils ne posent pas toujours des questions comme le font les adultes, leurs questions sont sous forme de symptômes : faire pipi au lit, ne pas comprendre le mécanisme de la division ou de la multiplication... Les questions des enfants ne sont pas directes. C'est pour cela que le non-dit est pathogène.

Jul : Un enfant adopté a-t-il forcément besoin de connaître ses parents et les raisons qui les ont poussés à l'abandonner ? N'est-ce pas destructeur ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'expression "parents naturels". Si l'on dit naturels, cela suppose qu'il y a des parents artificiels. Or les parents d'un enfant adopté sont deux. C'est le droit mais aussi la vérité psychique. D'abord, tous les enfants adoptés ne cherchent pas leurs parents de naissance. Mais ce que tous les travaux internationaux ont montré, c'est que ce qui est important, c'est qu'on ne leur interdise pas. Dans toutes les lois, y compris dans notre pays, à partir de leur majorité, à l'exception des enfants nés sous X..., les enfants adoptés qui le savent peuvent aller à la Ddass, et on leur donne une photocopie de tout ce qui figure dans le dossier. Bien sûr, personne ne les oblige à y aller. Mais ils savent, tout au moins s'ils savent qu'ils ont été adoptés, qu'ils peuvent à tout moment le faire. C'est ça qui n'est pas destructeur, que ce ne soit pas interdit.

VincentB : Y a-t-il des différences entre tout déballer, rester discret, ne rien dire et mentir ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Oui, il y a beaucoup de différences. Je crois que le respect que nous devons à tout être humain consiste à ne pas garder par-devers soi quelque chose de tout à fait intime sur l'autre, auquel soi-même on pourrait avoir droit et pas lui. Dans tous les cas, c'est un mensonge.

Jul : Faut-il mettre fin à l'anonymat des parents d'enfants nés sous X... ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Il existe depuis 2002 un organisme qui s'appelle le CNAOP (Conseil national d'accès aux origines personnelles), qui a été créé exprès pour les adultes nés sous X..., qui peuvent lui écrire en disant : si mon père ou ma mère de naissance se manifeste, je souhaiterais le rencontrer. Cet organisme part du principe que le fait de se rencontrer n'est pas une reconnaissance de filiation. Cela ne crée ni droits ni devoirs afférents à la filiation. C'est juste pour voir celui ou celle qui vous a donné la vie, et réciproquement.

Utilisateur7 : J'ai grandi dans une famille d'accueil et j'ai retrouvé mes parents biologiques qui regrettent aujourd'hui. J'ai du mal à concilier la relation avec mes deux mères. Avez-vous un conseil ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Un conseil comme ça, à distance, on passe à côté en général. Je ne vous donnerai pas de conseil. Je reconnais seulement que ce n'est pas une situation facile. Mais j'ajoute tout de même que vous avez peut-être deux mères, mais il y en a certainement une que vous reconnaissez, vous, comme mère. L'autre, il faut considérer que c'est quelqu'un qui vous a donné la vie, ce qui n'est déjà pas mal.

Itouk : Je crois savoir que vous défendez certaines formes d'homoparentalité, pourquoi ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Le terme d'homoparentalité catégorise un certain type de parents qui seraient particuliers car ils seraient homosexuels. Parle-t-on d'hétéroparentalité ? Non : on est parents. Les personnes homosexuelles qui ont des enfants, ce sont des parents. Je ne dis pas que le parcours pour avoir un enfant soit toujours simple, puisque deux personnes de même sexe ne peuvent pas donner naissance à un enfant. Il y a plusieurs façons d'entrer en parentalité quand on est homosexuel. Je développe cela dans mon dernier livre. La façon la plus simple, ce sont des sujets humains qui ont eu une vie hétérosexuelle, qui ont eu des enfants, qui se séparent et vivent une vie homosexuelle. Il y a aussi des parents homosexuels adoptifs.

VincentB : Si on connaît dans notre entourage un enfant à qui les parents cachent son origine, faut-il être celui qui va lui réveler ? Si oui, comment et à quel âge ?
Geneviève Delaisi de Parseval : Je suis formelle : ce n'est pas à quelqu'un de l'entourage d'être intrusif et d'ouvrir violemment un placard rempli de secrets qui ne le regardent pas. Si ce sont des proches, on peut parler aux parents, mais sûrement pas à l'enfant directement. Celui-ci doit être informé par ses propres parents".

2 commentaires:

Pascal et Vicky a dit…

Bel ajout musical!
La Gate 22 c'était notre chanson de l'attente... pour le 22-12-05...

Ce disque est-il disponible en France? Si non, faites-moi un signe et je vous l'envoie!

Bisous les copains et bon week-end!
xx
vicky

Anonyme a dit…

Ce débat est vraiment très intéressant, car nous serons peut-être tous un jour confrontés à ce questionnement sur les origines.

La difficulté pour nous, parents adoptants en Chine, c'est que nous ne connaissons rien des parents biologiques ... juste une zone géographique, l'adresse exacte où notre Maxine a été abandonnée, quelques images de sa vie à l'orphelinat. Nous aurons la lourde responsabilité de l'aider à se construire avec ces bribes.

Alors nous conservons tous les souvenirs de nos 15 jours là-bas, pour lui préparer son petit coffre secret de son pays d'avant.

Ce serait cool si on pouvait se voir pour l'épiphanie, histoire de se goinfrer de galette.