Plusieurs mois après avoir été mandaté par Nicolas Sarkozy pour mener à bien une mission de réflexion sur l'adoption et préconiser des mesures concrètes pour améliorer le parcours des adoptants (et des adoptés?), vous allez prochainement rendre votre copie. Le quotidien "Le Figaro" a consacré un article ce matin au rapport en préparation, qui devrait être assorti de 30 propositions d'amélioration. Malheureusement, la lecture de l'article n'augure rien de bon. Monsieur Colombani, vous êtes parti d'un constat tout simple : comme le nombre d'adoptions a diminué l'an passé (3,162 adoptions ont été réalisées à l'étranger en 2007* contre 3,977 en 2006) cependant que le nombre de couples titulaires d'un agrément délivré par les Conseils Généraux augmente (8,000 délivrés en 2007 pour un total estimé de 35,000 couples français dotés d'un agrément en vigueur - pour rappel, le délai de validité d'un agrément est de 5 ans-, il va suffire d'adapter l'offre à la demande (bon vieux principe) et le tour sera joué : il va donc falloir que les Conseils Généraux (ces grands fous!) délivrent moins d'agréments. Il suffisait d' y penser ! J'espère que les 29 autres mesures seront autrement plus intéressantes, car sinon, l'adoption va rejoindre le pouvoir d'achat au rayon des sujets où l'on nous aura vraiment pris pour des zouzous. Selon vous, M. Colombani, la clé de la réussite de l'adoption résiderait donc dans l'homogénisation des règles d'adoption sur l'ensemble du territoire français, parce que par endroit on fait passer deux entretiens et ailleurs, on n'en fait passer qu'un. Il va falloir aussi décourager les postulants à l'adoption, car 15% des postulants à l'agrément ont plus de 50 ans ! On vous a même parlé d'une demande d'un septuagénaire à qui on ne savait pas comment dire non car rien dans la loi n'interdit de demander un agrément à cet âge !!! Pensez donc, c'est la faute des adoptants ! On ne doit pas connaître les mêmes adoptants, vous et moi. Moi, les parents adoptants que je connais, Monsieur Colombani, sont trentenaires - ou sont à peine plus âgés-, ils ont démarré leur parcours de l'adoptant-combattant en 2004 et sont toujours en train d'attendre... Pourtant, ils sont en bonne santé, gagnent correctement leur vie, ont plein d'amour à donner et semblent normalement constitués tant physiquement que psychiquement (du moins, en début de parcours car c'est vrai qu'à la fin, avec toute cette attente à la con, ils finissent par développer parfois des symptômes - dépression, découragement, perte de leur joie de vivre, remise en question...-). Les gens des autres pays qui en sont "au même stade qu'eux" ont, au minimum, démarré leur parcours d'adoption un an après eux (pourtant, ils ne sont pas plus beaux, pas plus intelligents, pas plus riches, pas plus jeunes...). Personnellement, Monsieur Colombani, j'ai trouvé que l'agrément avait du sens jusqu'à ce que nous allions taper à la porte des O.A.A... Qui nous ont quasiment toutes gentiment expliqué que l'agrément, il fallait l'avoir pour obtenir un rendez-vous avec eux, mais que de toute façon, on allait recommencer les entretiens depuis le début... Alors, malgré la gentillesse de l'assistante sociale qui nous a suivi au Conseil Général des Hauts-de-Seine, j'ai clairement l'impression d'avoir perdu 9 mois (une grossesse, Monsieur Colombani, une grossesse). Trouvez-vous normal que notre premier courrier envoyé au Conseil Général des Hauts-de-Seine à la mi-juillet 2004 ait abouti à un premier entretien avec une assistante sociale du Conseil Général en janvier 2005 ? Et que nous ayons reçu notre agrément en version papier en juillet 2005, 4 mois après notre troisième et dernier entretien (en mars 2005) alors que l'assistante sociale nous avait dit : "Vous l'aurez avant Pâques". Oui, je considère que sans l'inutile étape de l'agrément par un Conseil Général, nous serions déjà parents. Je ne vois pas en quoi notre O.A.A. a fait moins ou moins bien que le Conseil Général de notre département. Je pense que ses membres étaient aussi à même de juger si nous étions aptes ou non à devenir des parents adoptifs (et ils ne se sont pas gênés sinon, ils ne nous auraient pas accepté, quoique le Conseil Général en ait dit). En vous focalisant sur l'agrément et les procédures franco-françaises, vous faites fausse route Monsieur Colombani. Mais tout ceci me semble aller dans une direction, initiée avec la création de l'AFA, qui consiste à tordre le cou aux O.A.A qui font cela bénévolement depuis des années, pour mettre à leur place des fonctionnaires. L'adoption, je le crains, n'est pas l'affaire de l'Administration française. C'est une histoire de cœur, de passion, d'engagement et d'investissement total. Ici et sur place, dans les pays où l'on adopte des enfants. Je pensais qu'un papa ayant adopté l'aurait compris et ma déception est à la hauteur de mon attente.
*: si l'on ajoute les 700 adoptions réalisées en France, on arrive à environ 3,800 adoptions réalisées en 2007).
*: si l'on ajoute les 700 adoptions réalisées en France, on arrive à environ 3,800 adoptions réalisées en 2007).


3 commentaires:
En effet, on est un peu l'impression qu'avec ces quelques idées, on se contente d'un : "à situation inchangée, comment faire pour que les chiffres paraissent "moins pires".
Un autre article dans le Monde d'hier :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/02/25/le-nombre-d-enfants-etrangers-adoptes-en-france-a-baisse-de-plus-de-20-en-2007_1015379_3224.html#ens_id=1015485
il y est question d'autoriser l'AFA à développer des micro-projets avec des orphelinats. Cela va un peu plus dans le bon sens... càd que la France se bouge plus pour aider ses adoptants.
L'essentiel, c'est que ça cogite : il n'y aura sûrement pas 30 super idées, mais si au moins 2 ou 3 font avancer le schlimblick ...
Je suis sensible aussi à l'idée qu'un même dossier soit traité de la même façon partout en France : cela me semble du bon sens. Mais à condition de ne pas rallonger le process : idéalement l'Etat devrait s'imposer des délais maximums pour donner une réponse.
Il y a déjà des délais maximum imposés pour délivrer un agrément : 9 mois (sic!). Mais tous les Conseils Généraux sont loin de respecter ce délai. Et de notre expérience, il nous a semblé qu'il s'agissait pour le Conseil Général des Hauts-de-Seine d'un engagement de moyen, pas d'une obligation tout court. Nous pouvons nous estimer heureux : nous avons eu notre agrément en 9 mois (mais on aurait pu en gagner 4) mais dans certains départements, les agréments sont délivrés en 20 mois ! Maintenant cette "harmonisation" souhaitée entre départements nous paraît vraiment une goutte d'eau.
Laurence
la problématique des Conseils Généraux est une problématique d'efficacité de l'état. Cela devrait se régler. let's hope so !
Les soucis structurels non réglés sont :
1/ que fait l'AFA versus les OAA ? pourquoi dupliquer des structures bénévoles par une structure privée ? que feront il mieux ? n'aurait on pas mieux fait d'aider les associations ?
2/ l espagne et l'italie adopte 2 à 5 fois plus que nous why ? avec des projets locaux de développements ? comment le faire ? le pérenniser ? pourquoi ne pas dédier l'AFA à ce rôle en complément des OAAs sur les dossiers ? la france a une envergure diplomatique > espagne italie ceci devrait nous aider
surtout avec le travail que Chirac a réalisé en nous affichant proche des pays en voie de dvpt !
PM
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